Grand Roux Basque

Fiche variété

Publié par Robin NOEL - Equipe Biodiversité - AgroBio Périgord on Thursday, December 16, 2021

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Groupe de précocité : Très Tardif 1

Statut de sauvegarde: (2) Commun

Etat des stocks à la Maison de la Semence: Bon

Grand Roux Basque - Dordogne (souche Mensignac)- 2018Grand Roux Basque - Dordogne (souche Mensignac)- 2018

Figure 1: Grand Roux Basque - Dordogne (souche Mensignac)- 2018

Origine et Histoire

Diffusé à partir du XVIe siècle dans le nord de la région, le Grand Roux Basque avait presque disparu à la fin du XXe siècle à cause de l’introduction de variétés hybrides plus productives. Son retour en culture a tout d’une légende ! Il a été retrouvé par Jon Harlouchet dans un monastère, de l’autre côté des Pyrénées, en Pays Basque Sud, à Guipúzcoa, où il aurait été conservé pendant des générations !

Le Grand Roux Basque est un ensemble de souches des maïs populations originaires du Pays Basque. La (nouvelle) première souche de Grand Roux est celle trouvée par Jon Harlouchet à la fin des années 90. Cette souche fut remultipliée localement puis envoyée au collectif de paysans semeurs émergeant de Dordogne en 2002. La souche originelle de Jon Harlouchet a été enrichie, par la suite, d’une douzaine d’autres souches retrouvées dans diverses localités du Pays Basque tandis que la semence confiée au collectif périgordin est multipliée de manière isolée (plus ou moins) depuis presque 20 ans. On note notamment deux grandes lignées en Dordogne séparées depuis 2006: la lignée du Change et la lignée de Mensignac.

Les souches actuelles de Grand Roux cultivées au Pays Basque sont nombreuses, maintenues et valorisées en alimentation humaine grâce à un groupement d’agriculteurs biologiques nommé “Arto Gorria” (littéralement “Maïs Rouge” en Basque).

Bien qu’il s’appelle “roux”, le doute existe sur la couleur originelle de cette variété. Pour certains, Roux n’est qu’une traduction de « ros » (prononcé roux) qui veut dire roux mais aussi blond, jaune d’oeuf, en Occitan (dialecte Gascon parlé dans les Pyrénées. Pour d’autres, il est vraiment roux et uniquement roux ! Cette question alimente de riches débats entre les paysans qui le cultivent et sur les critères de sélection à retenir. Quant aux souches conservées par l’INRA, elles sont toutes jaunes, mais l’anecdote court… que lorsque l’INRA serait venu collecter les variétés locales de maïs dans les années 1960, les Basques n’auraient pas donné « leur » maïs, mais d’autres… jaunes !

Caracteristiques de la variete

Description et particularites

Les lignées de Dordogne de Grand Roux Basque présentent des épis trapus, avec peu de rangs et peu de grains par rang mais avec des gros grains cornés et farineux de couleur rousse à caramel. Le grain arbore dans la grande majorité des cas un dégradé de couleurs, du centre vers l’extérieur, du jaune au roux. Cet aspect “coucher de soleil” est assez caractéristique de la variété, on le retrouve aussi chez le Lauragais.

Le Grand Roux Basque est un maïs au potentiel de rendement correct, un peu plus grand que la moyenne des variétés populations et assez résistant à la verse. La taille du grain confère à la plante des ressources en énergie qui se traduit par une vigueur particulière à la levée.

Des tests de mouture ont été réalisés sur le Grand Roux Basque en 2015. Passé au moulin, il rend une quantité supérieure de farine (mouture de 0 à 600 µm) (65%) que de semoule (mouture > 600 µm) (35%).

Le retour du Grand Roux Basque

Extrait “La graine de mon assiette”, Véronique Chable et Gauthier Chapelle, coordinateurs ; Editions Apogée, Rennes, à sortir en septembre 2020 (et dans le cadre du projet européen DYNAVERSITY, H2020 GA n° 773814).

Très récemment, la presse relatait le retour à Itxassou, en Pays Basque, du Grand Roux Basque grâce à un collectif de paysans Arto Gorria. C’est un symbole fort, ce Grand Roux Basque, qui avait disparu du territoire au moment des Trente Glorieuses ! « Cette semence quasi-disparue renaît sur ses propres terres, replaçant le savoir-faire des hommes au cœur de l’agriculture… »(1). Henri Mendras (1927-2003), un sociologue préoccupé par le devenir de l’agriculture, avait aussi choisi comme marqueur de la fin de la paysannerie, ce même Grand Roux Basque. Quand son ouvrage « La fin des paysans » sort en 1967, Henri Mendras prédit la disparition de la civilisation paysanne et son remplacement par une autre, technicienne. “C’est le dernier combat de la société industrielle contre le dernier carré de la civilisation traditionnelle”, prévient-il en introduction (2). Il avait particulièrement décrit l’introduction du maïs hybride dans un canton des Basses-Pyrénées, où les hybrides F1 américains avaient pris la place du Grand Roux Basque en montrant combien le paysan est “désorienté par une innovation qu’on lui présente sans conséquence sociale, alors qu’il entraperçoit l’aboutissement ultime dans un bouleversement complet de son système de vie”. Le sociologue avait bien décrit ce que l’adoption du maïs hybride impliquait (achat de semences, d’engrais, de matériel agricole aussi, et donc recours à la spécialisation et à l’endettement). Si la France a fait, avec Mendras, le deuil de ses paysans, le monde agricole s’est rapidement réapproprié le terme. Depuis au moins deux décennies, les semences paysannes redonnent toute sa noblesse au monde paysan.

Notre maïs Grand Roux est né « au 16e siècle en terre basque pour y nourrir harmonieusement ses paysans. Mais il fut chassé de son royaume quatre siècles plus tard par un blond à l’aspect robuste, venu d’outre-Atlantique pour y engraisser les bêtes. Or, il s’avéra quelques années plus tard que le nouvel envahisseur hybride, pourtant bien plus productif, était de constitution fragile, nécessitant des soins en eau et produits chimiques de synthèse en abondance. La terre souffrait, les nuages toussaient. Les agriculteurs du pays, dont Jon Harboulet et Christian Aguerre, se mirent alors à la recherche de leur roi déchu, le Grand Roux basque. À leur grand soulagement, ils retrouvèrent sa trace dans un monastère de Guipuzcoa, dans les années 1990, pour le ramener triomphalement en son royaume»(3). Ce monastère est de l’autre côté des Pyrénées, en Pays Basque Sud, en Guipúzcoa, où il aurait été conservé pendant des générations ! Cette variété population a aussi été cultivée dès 2002 par des producteurs dès le début du Programme « l’Aquitaine cultive la Biodiversité ». C’est dans les années 90, lorsque l’introduction des OGM devenait de plus en plus probable, que Jon Harlouchet, producteur du Pays Basque et président de Bio d’Aquitaine à l’époque, s’est intéressé au maïs qui était cultivé auparavant.

Le collectif Arto Gorria de quatorze fermes en bio du Pays Basque fut créé en 2016, et gère collectivement les semences du maïs, cultivés sans irrigation. Son nom de Grand Roux Basque évoque la grande taille de la plante (environ 2m alors que les variétés locales du Sud-Ouest se limitent entre 1m à 1,5m. « Quant à la couleur, le doute existe et laissera toujours planer un mystère autour de cette variété ! Pour certains, Roux n’est qu’une traduction de « ros » (prononcer roux) qui veut dire roux mais aussi blond, jaune d’œuf, en Occitan (dialecte Gascon parlé dans les Pyrénées). Pour d’autres, il est vraiment roux et uniquement roux ! Cette question alimente de riches débats entre les paysans qui le cultive et sur les critères de sélection à retenir. Quant aux souches conservées par l’INRA, elles sont toutes jaunes, mais l’anecdote court… que lorsque l’INRA est venu collecter les variétés locales de maïs dans les années 1960 (pour les stocker en Banque de gènes), les Basques n’auraient pas donné « leur » maïs, mais d’autres… jaunes » ! (4) Les paysans basques se sont créé un cahier des charges pour assurer la qualité de la graine au produit. Chaque agriculteur assure la culture, puis la récolte, le séchage naturel à l’air libre, avant de le transformer en farine ou polenta à l’aide du moulin à meule de pierre collectif.

  1. Le retour du maïs Grand Roux basque en son royaume Le 13 Mar. 2020 https://presselib.com/a-itxassou-grace-au-collectif-arto-gorria-cette-semence-quasi-disparue-renait-sur-ses-propres-terres-replacant-le-savoir-faire-des-hommes-au-coeur-de-lagriculture/
  2. Laetitia Clavreul (2008) Chronique sur “La Fin des paysans” https://www.lemonde.fr/idees/article/2008/08/01/la-fin-des-paysans-par-laetitia-clavreul_1079462_3232.html
  3. Le retour du maïs Grand Roux basque en son royaume Le 13 Mar. 2020
  4. Bulletin de la Biodiversité en Nouvelle-Aquitaine – juillet 2017 n°6, Page 8 : fiche variété http://www.giee.fr/fileadmin/user_upload/National/086_eve-giee/PDF-GIEE/Nvlle_Aquitaine/24_Gerer_collectivmt_biodiv_cultivee/Bulletin_BIODIVERSITE_en_N-A_juil2017.pdf
Séchage en cribs d'une récolte de Grand Roux Basque - Crédit photo BLE

Figure 2: Séchage en cribs d’une récolte de Grand Roux Basque - Crédit photo BLE